26 mai 2012
 PAU - François Bayrou est donné battu dans sa circonscription des Pyrénées-Atlantiques. Pour le MoDem Jean-Luc Bennhamias, "est-il utile d'éliminer un responsable politique ayant pris une position courageuse à la présidentielle"?
Propos recueillis par Yann Duvert, publié le 25/05/2012 http://www.lexpress.fr/actualite/politique/bayrou-en-difficulte-le-ps-doit-prendre-ses-responsabilites_1118659.html Reuters/Charles Platiau Député européen et cadre du mouvement démocrate, Jean-Luc Bennahmias juge sévèrement l’attitude “trop rigide” du Parti socialiste à l’égard de François Bayrou et des candidats MoDem aux législatives. Interview. François Bayrou est donné battu dans sa circonscription face à la candidate PS, êtes-vous déçu par l’absence de renvoi d’ascenseur de la part des socialistes? Jean-Luc Bennhamias : Je suis simplement mécontent que le gouvernement ait été bâti autour des seuls socialistes et verts. Quand on imagine les difficultés qui se profilent pour le pays, et au vu de la position historique prise par François Bayrou… C’est au PS de prendre ses responsabilités. Et notamment de se poser cette question: est-il utile d’éliminer un responsable politique ayant pris une position si courageuse pendant la campagne? Cette absence de soutien socialiste a-t-elle découragé les cadres du MoDem pour les législatives? (Soupir) Vous n’avez qu’à voir le nombre de responsables du MoDem qui se présentent…Dans le même temps François Bayrou ou encore Jean Lassale sont sur la ligne de départ. A titre personnel, je ai discuté avec le PS mais je n’ai jamais négocié. Leur position est beaucoup trop rigide. Revenons sur la campagne présidentielle. L’agence Moody’s ne dégrade finalement pas la France, qui emprunte à des taux très bas. Avec du recul, le MoDem n’a-t-il pas pêché par excès de catastrophisme? Je ne crois pas… Enfin, on s’est peut-être trompé de quelques semaines. Mais dans le fond, ce que nous disions était malheureusement vrai et va se vérifier. Notre plus grosse erreur, c’est simplement de n’avoir pas su expliquer comment le rassemblement allait s’opérer autour de François Bayrou.
24 mai 2012

Cet après-midi, François Bayrou réunira, à Paris, le Conseil national du mouvement démocrate dans la perspective du second tour de l’élection présidentielle. La France jouera dimanche une partie de son destin.
Le Centre aura, d’ici dimanche, joué le sien. Notre famille politique est, à l’évidence, à la croisée des chemins. Et elle ne doit pas se tromper. Inscrits depuis cinq ans dans une opposition radicale, voulue, pensée, au président sortant, les démocrates se doivent de soutenir le candidat le mieux placé de l’opposition. [Lire la suite...]
6 avril 2012
Entretien donné à Paris Match par JL Bennahmias, édition du 29 mars au 4 avril.
Paris Match. Dans certains sondages, François Bayrou pointe en 5e position. Est-ce la fin ? Jean-Luc Bennahmias. Il est plutôt 4e ex-aequo avec Jean-Luc Mélenchon et malheureusement Marine Le Pen est en 3e position. Les trois se battront jusqu’à la fin pour le podium. Mais ils n’auront pas le même rôle. Seul François Bayrou peut gagner s’il est au second tour. Cela ne confère ni la même stature, ni le même rôle dans l’avenir. Rien n’est fini. Paris Match. Cinq ans après avoir fait jeu égal avec Ségolène Royal, il est à plus de dix points des deux favoris. Comment l’expliquez-vous ? Jean-Luc Bennahmias. L’histoire ne se répète pas. Bayrou n’a plus ce côté «nouveauté » de 2007, François Hollande n’est pas Ségolène Royal et Jean-Luc Mélenchon n’est pas Marie-George Buffet. Mais vu d’où l’on partait l’année dernière, ce score est honorable. Il y a un engouement autour de Bayrou. Paris Match. Peut-il être au second tour ? Jean-Luc Bennahmias. Tant que les deux favoris sont à 28-30%, on ne peut rien faire. Il faudrait que Sarkozy ou Hollande dévisse. Mais dans une campagne, comme on l’a vu la semaine dernière avec les tueries de Montauban et Toulouse, il y a toujours des évènements imprévisibles. N’oublions pas aussi les « affaires ». Les dernières révélations sur le financement de la campagne de Sarkozy en 2007 pourraient avoir un impact. Les Français aspirent à bouleverser la situation. Paris Match. Que doit faire François Bayrou pour rester dans la course ? Jean-Luc Bennahmias. Contrairement aux autres candidats, il n’est pas magicien. Il n’a pas un chapeau d’où il sort tous les deux jours un référendum, une dépense publique, une décision infaisable. Bayrou c’est Bayrou. On ne lui fera pas promettre des choses impossibles. Il faut qu’il continue à frapper du poing sur la table, à marteler qu’il est le seul à pouvoir faire le rassemblement nécessaire au redressement de la République. Paris Match. En l’absence de Bayrou au premier tour, pour qui voteriez-vous ?
1 février 2012
Le nucléaire, une énergie à moindre coût? Il n’en est rien et le rapport de la cour des comptes rendu public aujourd’hui vient ouvrir une nouvelle brèche dans l’argumentaire du gouvernement et des opérateurs. Le nucléaire coûte cher – les investissements déjà réalisés sont de l’ordre de 228 milliards d’euros- et cela ne risque pas de s’arranger: la cour des comptes fait état des incertitudes qui règnent quant au chiffrage des investissements et opérations futures. Combien coûte le démantèlement? A combien s’élève la gestion des déchets radioactifs? Ou encore, à combien reviendra la prolongation de la durée de vie des centrales?
Sur toutes ces questions, le rapport pointe les doutes autour des évaluations faites par les opérateurs, le risque d’une augmentation probable des coûts et donc le risque que le provisionnement soit insuffisant. Augmentation des coûts aussi et surtout pour maintenir en l’état le parc actuel: le rapport annonce – confirmant d’ailleurs ce qui disait l’ASN au début du mois de janvier dans son rapport d’audit de la sûreté du parc français- que le coût de la maintenance devrait doubler dans les quinze ans qui viennent. Comme nous l’a montré l’incident dans la centrale de Civaux il y a quelques jours, l’état de vétusté de certaines installations est une réalité. Le coût des divers travaux de réparations et de mise aux normes est estimé par l’ASN à 10 milliards d’euros au minimum.
Ni excellence de la sûreté, ni énergie pas chère…le nucléaire n’est pas la panacée!
Il faut saluer le travail réalisé par la cour des comptes et l’effort de transparence dont nous avons bien besoin pour mener sereinement le débat sur la transition énergétique. D’ores et déjà, ces rapports posent d’autres questions: d’un point de vue non seulement de la sûreté mais aussi du coût et de la rentabilité, est-il réellement intéressant de faire les travaux de rénovation dans les plus veilles centrales, comme Fessenheim et Tricastin, alors qu’on s’aperçoit que sur d’autres plus récentes, des travaux importants sont déjà à réaliser?
Si la fermeture immédiate de centrales parait difficilement possible, il faut prévoir à court terme la fermeture d’un certain nombre de réacteurs, notamment à Fessenheim et au Tricastin.
31 janvier 2012
Tribune publiée dans libération dans le cadre du débat écologiste.
“Les citoyens se sont éveillés depuis longtemps et les structures de notre dialogue républicain sont restées poussiéreuses.”
L’histoire de l’écologie politique naît à partir de luttes citoyennes. Que ce soit à La Hague, à Plogoff, ou encore au Larzac. La campagne présidentielle de 1974 de René Dumont est soutenue et portée par des citoyens et des associations engagées dans la défense des droits de l’homme, l’antimilitarisme, le pacifisme et la défense de l’environnement. Où en sommes-nous aujourd’hui ?
Les sujets ne manquant pas, les mobilisations citoyennes se sont multipliées au fil du temps. Vécus comme résultant de décisions arbitraires ou démesurées, certains projets d’infrastructures, d’usines d’incinération, de lignes à haute tension ou encore des projets d’installation d’éoliennes et de parcs solaires ont fait naître des collectifs de citoyens actifs. Le plus souvent, disons-le ouvertement, ces appels à la mobilisation et à la résistance sont de raison, comme, par exemple, au sujet de l’aéroport Notre-Dame-des-Landes à Nantes. Sur les éoliennes et les parcs solaires, il faut tout de même répéter qu’il est possible et même nécessaire de réaliser les installations ailleurs qu’à proximité de sites remarquables ou protégés en les plaçant par exemple sur des zones industrielles ou commerciales.
En revanche, il faut aussi avoir la franchise de le dire, ces mobilisations se sont contredites les unes les autres. Je suis souvent frappé qu’on puisse à la fois sonner le tocsin contre l’aéroport nantais et avoir la même intonation contre la prolongation du TGV Sud-Ouest. Contradictions disais-je, «jusqu’au-boutisme» aussi, ont parfois prédominé et affaibli certaines luttes.
Nouveaux stades, Jeux olympiques, tropisme procédurier, les associations de riverains ont aussi perdu de nombreuses plumes dans des combats déconnectés ou parfumés de réactions «Oui, mais pas à côté de chez moi» typiques du phénomène bien connu sous l’acronyme anglo-saxon : Nimby, pour «Not in my backyard».
Il n’en reste pas moins que les citoyens se saisissent de plus en plus de sujets environnementaux souvent lourds avec une passion qu’il est temps de saluer. Loin des grands-messes environnementales et des sommets internationaux, ils engagent force, temps, convictions et souvent argent sur des thématiques complexes. Ces efforts ont permis de réveiller les consciences, d’initier des combats contre les dérives les plus caricaturales nées de la reconstruction d’après-guerre où nécessité faisant loi, on a trop souvent construit n’importe où, n’importe quoi, n’importe comment.
Très souvent, ces comités sont créés à l’initiative de techniciens et de spécialistes du développement durable, de juges, d’avocats, capables, sur leur temps libre, de monter des dossiers bien ficelés. Ils ont permis – parfois mieux que ne pouvaient le faire de multiples bureaux d’études – de faire des propositions et des critiques très sérieuses et constructives sur des projets en devenir.
Dès lors, la responsabilité des politiques est d’en tirer les leçons. Proposer toute la palette des options sur la table, mêmes celles qui dérangent, décider d’améliorer les projets et même savoir renoncer ! Les postures et idéologies nous ont si souvent conduits dans l’impasse qu’il est devenu urgent de changer de méthode. Il va falloir d’urgence créer, impulser ce nouveau climat, pour entrer de pied ferme dans un nouveau dialogue environnemental de qualité. A l’heure de la circulation immédiate de l’information, alors que les citoyens se sont éveillés depuis longtemps, les structures de notre dialogue républicain sont restées extraordinairement poussiéreuses.
Il revient donc aux responsables politiques de faire des choix ; lorsque ceux-ci ne sont pas à la hauteur, la sanction légitime est celle des urnes. Mais la question environnementale ne peut se résumer à un simple vote, aussi régulier soit-il : les outils d’évaluation doivent être accessibles aux citoyens. Le mot évaluation n’est pas tabou ; il s’inscrit dans la continuité au sein de comités de suivi (du même type que les Comité locaux d’information et de concertation ou Clic). Les débats publics organisés doivent être investis par les élus pour assurer une discussion directe avec les citoyens et les associations. Pour rendre les citoyens encore plus acteurs dans le débat, pour qu’ils puissent choisir les risques et les assumer, les citoyens doivent enfin avoir accès à toutes les informations. Les secrets, l’entre-soi, l’arrogance, ne sont plus acceptables. C’est à ce prix qu’émergera une république vivante.
Reprenons l’offensive. L’Union européenne, bousculée de toutes parts, met en place l’initiative citoyenne et avec elle institutionnalise l’irruption des citoyens dans le débat public. Un million de signataires européens pourront contraindre les responsables européens à se positionner sur des enjeux cruciaux grâce à la force de leur mobilisation. La lutte pour une agriculture et une alimentation sans OGM est actuellement bien placée pour se lancer dans cette bataille. Elle ne peut rester la seule : à nous de propager l’information pour que les citoyens prennent la mesure de cette nouvelle possibilité.
Preuve en est que la démocratie n’est pas figée mais bien en perpétuel mouvement. A nous de tirer dans le bon sens !
19 janvier 2012

Jean-Luc Bennahmias
Strasbourg, 18 janvier 2012
En session plénière du Parlement européen, nous revenons aujourd’hui, mercredi 18 janvier, sur la conférence des Nations Unies sur le climat qui s’est tenue à Durban, en Afrique du Sud, en décembre dernier. L’occasion d’un retour sur le bilan de ce sommet climatique: à l’issue de Durban, un accord a minima mais une feuille de route sur la table des négociations et ce grâce à l’Union européenne, qui a retrouvé à Durban son rôle moteur dans les négociations.
Durban illustre l’Etat affligeant des négociations sur le climat. 15 jours de négociations, une prolongation de 36 heures, des milliers de délégués de près de 200 pays autour de la table pour finalement quoi? Un accord a minima le 11 décembre dernier…Pourtant les enjeux sont énormes : le protocole de Kyoto qui doit se terminer à la fin de 2012 demeure le seul protocole contraignant qui ait jamais existé pour lutter contre le changement climatique.
A Durban, faute d’accord sur la forme, les discussions sur le fond en sont restées à l’état d’embryon. Dès le départ, il y eu blocage: Sous quelle forme envisager l’après-Kyoto? Comment financer le fonds vert? Sur ces questions les Etats de la planète se sont opposés et n’ont apporté aucune réponse satisfaisante…comme à Cancún, on a repoussé la prise de décision à toujours plus tard: Durban s’est donc achevé sur “l’engagement” à conclure un accord global de réduction des émissions de gaz à effet de serre d’ici 2015. Mais on ne sait pas sous quelle forme juridique (les options sont ouvertes) ni qui il inclura au final une fois que les objectifs et sanctions seront établis. Cet accord global sur le principe inclut tous les grands pays émetteurs de gaz à effet de serre à l’heure actuelle. Toutefois, concernant le prolongement des engagements de protocole de Kyoto au-delà de 2012: Chine, Russie, Japon, Etats-Unis ni Canada, n’y participeront pas, ce qui laisse présager les difficultés à surmonter pour concrétiser l’accord global pour 2015.
Un sentiment d’échec domine donc ; néanmoins, une feuille de route est sur la table des négociations et ce grâce à l’Union européenne, qui a retrouvé à Durban son rôle moteur dans les négociations. Dans un contexte politique et économique très tendu, l’UE a joué son rôle et défendu les objectifs qu’elle s’était fixés. Elle a été à l’origine d’un rapprochement entre pays développés et pays en développement et a contribué à inscrire dans le projet d’accord global le fossé grandissant entre l’objectif de limiter le réchauffement climatique à 2°C de moyenne (afin de limiter l’impact sur notre écosystème) et les actions mises en œuvre par les Etats pour y parvenir (loin d’être à la hauteur). [Lire la suite...]
19 janvier 2012
Tout naufrage, même sans victimes est un drame car il en annonce d’autres.Marins et passagers des navires ne sont que des invités à la surface et prennent le risque de rejoindre fondpour toujours, à chaque fois que ce précepte est, ne serait ce qu’un instant, ignoré.Si la sécurité à bord a considérablement évolué au fil des ans et que la fatalité peut parfois être légitimementinvoquée, la responsabilité humaine et bien que les accidents surviennent de manières multiformes, esttoujours, in fine, engagée.Outre l’éventuelle responsabilité personnelle du commandant du Costa Concordia et de sa chaîne decommandement et quelles que soient les conclusions de l’enquête qui éclaireront précisément lescirconstances et les causes de ce désastre, une chose est certaine, le navire ne s’est pas seulement échoué. Ila, en réalité, heurté de plein fouet la réalité économique de notre siècle.On opposera à mon raisonnement les statistiques ou la réalité économique. Lesquelles statistiques ramènentfinalement la vie humaine, à la simple composante d’une équation, elle-même variable d’ajustement d’uncoût et donc du calcul d’une rentabilité sans laquelle il n’existe pas de logique, nous dit-on, de marché. Sil’on accepte cette logique débridée, on accepte donc que des femmes et des hommes puissent périr pourcette même implacable logique.Alors bien sur, si l’on compare le nombre de passagers transportés et les perspectives de croissance de cemarché, les moyens déployés pour assurer la sécurité à bord et l’immense professionnalisme de bien deséquipages, les investisseurs trouveront matière à être rassurés. Allez dire cela aux familles ou aux rescapésencore terrorisés qui ont, à cette occasion, été confrontés au meilleur, comme au pire de la nature humaine…Mais voilà, en matière de croisières les limites sont atteintes. Les prétendues forces économiques sontdevenues autant de faiblesses pour la vie.
Pour une poignée de dollars
Pour baisser les coûts, la règle consiste non seulement à échapper à la fiscalité du travail en contractualisantdes engagements off shore, mais aussi à recruter dans des pays, où 500 USD mensuels constituent unevéritable fortune, même pour de très bons professionnels. Bien que l’armateur assure la formation nécessaireà ses attentes, mais aussi pour être au minima des exigences règlementaires, il n’en reste pas moins tenté depayer toujours moins. La soumission des personnels, ainsi hors de toute possibilité de défense de sesintérêts, ne permet pas non plus d’apporter une saine et salutaire contradiction sociale.Outre la formation, laquelle reste sommaire, avec parfois plus de cinquante nationalités à bord et même sil’anglais est la langue d’usage, il est certain que la communication en situation d’urgence, pour desquestions culturelles et de compréhension, peut être un facteur aggravant. Les personnels techniquesqualifiés ne sont pas épargnés par le phénomène. [Lire la suite...]
24 janvier 2012
En théorie, l’usage des substances radioactives utilisées au quotidien est strictement encadré par le code de la santé publique. Mais en pratique un décret interministériel dont la légalité est aujourd’hui mise en doute par de nombreux parlementaires de droite comme de gauche, a ouvert une brèche révélant la légèreté du gouvernement en matière de sureté pour les consommateurs:
l’arrêté du 5 mai 2009 définit les modalités sur les possibilités de déroger à l’interdiction d’ajouter des substances radioactives aux produits de consommation et de construction (prévues à l’article R. 1332-4 du code de la santé publique).
Alors qu’il vient tout juste de rentrer en vigueur, au 19 janvier dernier, cet arrêté suscite la crainte et l’inquiétude de citoyens et consommateurs. Que penser en effet d’un gouvernement qui autorise l’emploi de matériaux contaminés par exemple pour la construction d’habitations ou de lieux de travail?
Au-delà du danger qu’il représente pour la santé publique, cet arrêté pose également le problème de la perte de traçabilité des substances radioactives qui seraient introduites dans certains produits amenés à être recyclés. Il est aberrant également que cet arrêté permette aux entreprises concernées de déterminer elles-mêmes les modalités d’information des consommateurs sur les produits à risque qu’elles vont commercialiser ; il est à craindre que la qualité et la fiabilité de l’information ne soient pas garanties ni pour l’intérêt général ni de façon optimale.
Alors que l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN), qui “assure, au nom de l’État, le contrôle de la sûreté nucléaire et de laradioprotection en France pour protéger les travailleurs, les patients, le public et l’environnement des risques liés à l’utilisation du nucléaire”, a émis un avis clairement défavorable sur cet arrêté le 19 novembre 2008, en concluant que cet arrêté tend à banaliser la délivrance de dérogations, le gouvernement a fait preuve d’une mauvaise foi manifeste en repoussant d’un revers de main cet avis de l’ASN et en se bornant à assurer que cet arrêté a pour seul objet de fixer la composition du dossier à déposer afin d’obtenir cette dérogation et de préciser les conditions d’information sur les dérogations délivrées.
L’absence de critères réellement contraignants pour obtenir ces dérogations révèle le laxisme du gouvernement en matière de sûreté dans la consommation des substances radioactives.
Jean-Luc Bennahmias
Député européen,
Vice-président du MoDem
25 janvier 2012
Excellence du dispositif de sûreté nucléaire dites-vous? La fuite de tritium – produit de la réaction nucléaire – qui a eu lieu sur le site de la centrale nucléaire de Civaux dans la Vienne la semaine dernière ouvre une nouvelle brèche dans l’argumentaire asséné par le gouvernement et les industriels du secteur. Confirmée par l’ASN, qui fait une nouvelle fois preuve de son indépendance, l’incident de Civaux est préoccupant pour au moins deux raisons : d’une, de l’eau contaminée par une matière radioactive s’est répandue dans les nappes phréatiques aux alentours, de deux, l’incident a révélé des défaillances dans les structures mêmes de la centrale. L’ASN, venue évaluer les dysfonctionnements sur place, a pu constater l’état de vétusté d’un bassin de rétention apparemment fissuré et des manquements dans l’application des réglementations.
Que nos centrales ne puissent pas se prémunir contre ce type d’incident, somme toute assez basique (fuite d’eau) ne peut que nous inquiéter et nous interroger sur le niveau de sûreté général des installations nucléaires. L’ASN l’a d’ailleurs affirmé lors de la publication de son rapport d’audit de la sûreté du parc nucléaire français au début du mois de janvier: “il faut renforcer la robustesse des centrales nucléaires”. Sans être alarmiste, l’ASN a mis l’accent sur la nécessité de grands travaux, demandant la mise en place d’un “noyau dur” (dispositions de secours comme un groupe électrogène et un circuit d’eau d’ultime secours), et divers travaux de réparations et de mise aux normes dont le coût s’élèverait au bas mot à 10 milliards d’euros. [Lire la suite...]
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